Formation en orthographe - LYON (69)

«On a discrédité les méthodes traditionnelles de l’enseignement de l’orthographe»

«On a discrédité les méthodes traditionnelles de l’enseignem...
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Le Figaro Étudiant le vendredi 26 décembre 2014 de Paul de Coustin

INTERVIEW - Pour Danièle Manesse *, professeur émérite de sciences du langage, le mouvement de baisse a commencé à partir des années 1960.

LE FIGARO. - Le niveau en orthographe des jeunes Français baisse-t-il?

Danièle MANESSE. -Il a en effet baissé, mais pas pour tous, et il est faux de dire que tous les étudiants sont en difficulté. En vingt ans, entre 1989 et 2007, le niveau en orthographe des élèves français des classes allant du CM2 à la troisième a, en moyenne, fortement baissé. C’est un constat que nous avons fait en comparant les résultats que nous avions recueillis avec André Chervel (historien de l’éducation, NDLR) en 1989 avec ceux de 2007. La maîtrise de l’orthographe, de la grammaire et de la syntaxe est en baisse, comme le confirment nombre d’études.

Ya-t-il un moment de rupture?

La tendance remonte sans doute aux années 1960. Avec André Chervel, en 1989, on pensait qu’il y avait une montée constante de la qualité de l’orthographe depuisla fin du XIXe siècle. Mais on a pu estimer ensuite que le meilleur niveau a sans doute été atteint dans les années 1940. Après un palier, le mouvement de baisse a commencé à partir des années 1960.

« Ce n’est pas parce que l’on sait l’orthographe que l’on sait l’enseigner » Danièle Manesse

Quelles peuvent être les causes du déclin de l’orthographe étudiant?

Elles sont multiples. Les étudiants aujourd’hui, ceux qui sont nés au début des années 1990, ont eu moins d’heures de cours de français, que ce soit en primaire ou au collège. C’est un fait avéré et incontestable. Deuxièmement, la façon dont on enseigne l’orthographe a changé. Il y a eu un discrédit d’un certain nombre de méthodes qui étaient en vigueur jusqu’aux années 1960, comme l’apprentissage par cœur, les nombreux entraînements et les dictées très fréquentes. Évidemment, on sait que ces méthodes n’étaient pas toujours efficaces, mais elles n’ont pas été remplacées par des propositions alternatives aujourd’hui.

Enfin, il y a un gros problème de formation des professeurs. On n’apprend plus aux jeunes maîtres comment enseigner l’orthographe. Ce n’est pas parce que l’on sait l’orthographe que l’on sait l’enseigner.

Quelle est la part de responsabilité de l’écriture SMS, selon vous?

Il n’y a pas de recherches sur les conséquences de l’écriture type SMS. On a toujours écrit avec des codes parallèles, comme l’écriture abrégée ou symbolique. Effectivement, les étudiants écrivent aujourd’hui beaucoup de SMS, mais ils savent faire la distinction entre cette façon de communiquer et la rédaction d’une copie. Je pense que l’on se trompe lorsque l’on pointe les SMS. Le problème et les enjeux se situent ailleurs.

* Coauteur d’Orthographe: à qui la faute? en 2007

http://etudiant.lefigaro.fr/les-news/actu/detail/article/on-a-discredite-les-methodes-traditionnelles-de-l-enseignement-de-l-orthographe-10334/